Le Piton de la Fournaise est entrée en éruption pour la seconde fois de l’année 2026 le 13 Février 2026 aux alentours de 10H.
Piton de la Fournaise : chronologie courte de l’éruption du 13 février au 25 mars 2026
L’éruption du 13 février 2026 au Piton de la Fournaise restera comme l’un des épisodes volcaniques les plus marquants de ces dernières années à La Réunion. En un peu plus de quarante jours, le volcan a montré presque tout ce qui fait la richesse scientifique d’une éruption effusive : ouverture rapide de fissures, construction d’un cône, mise en place de tunnels de lave, franchissement de la RN2, entrée en mer et formation d’une nouvelle plateforme littorale.
Cette séquence s’inscrit dans une phase de réactivation amorcée plusieurs semaines auparavant. Le bulletin mensuel de l’OVPF-IPGP indiquait déjà, depuis la fin novembre 2025, une pressurisation du système magmatique superficiel sous le sommet du volcan. En d’autres termes, le Piton de la Fournaise se rechargeait progressivement en magma avant de retrouver un chemin vers la surface.
13 février 2026 : une ouverture rapide sur le flanc sud-sud-est
Le vendredi 13 février, une crise sismique débute à 9 h 25 sous la zone sommitale. Ce type de crise correspond à la fracturation de l’édifice volcanique lors de la remontée du magma. Peu après 10 h, l’éruption commence dans l’Enclos Fouqué, sur le flanc sud-sud-est, comme le précise le communiqué de l’OVPF-IPGP du 13 février.
Quatre fissures s’ouvrent dans les premières heures. La phase initiale est énergique, avec plusieurs points d’émission, des fontaines de lave et des coulées qui s’engagent rapidement vers l’aval. Le comportement observé correspond bien à celui d’un volcan basaltique effusif : le magma est fluide, peu visqueux, et peut donc s’écouler efficacement sur les pentes.
Une activité qui se recentre très vite
Comme lors de nombreuses éruptions du Piton de la Fournaise, cette phase fissurale multiple ne dure pas. En moins de deux jours, l’activité se concentre sur une bouche principale. Le communiqué du 16 février indique qu’un seul site éruptif reste alors actif.
Ce recentrage change tout. À partir de ce moment, l’éruption s’organise autour d’un cône en construction. Les projections s’accumulent autour du point d’émission, tandis que les coulées se structurent en chenaux plus lisibles. Le système devient plus stable, plus durable et plus efficace.
Mi-février : un cône actif et un panache visible depuis l’espace
Dès les premiers jours, le Piton de la Fournaise montre que cette éruption ne sera pas un simple épisode éclair. Le cône grandit rapidement, et le dégazage reste important. Le 14 février, le satellite Sentinel-5P détecte un panache de dioxyde de soufre de plusieurs centaines de kilomètres, comme l’a montré le programme Copernicus.
Pour le grand public, ce point mérite d’être souligné : une éruption effusive n’est pas seulement une affaire de lave visible. Elle s’accompagne aussi d’un dégazage significatif, qui renseigne sur la décompression du magma et sur l’état du système volcanique. Même sans activité explosive majeure, un volcan comme le Piton de la Fournaise peut ainsi marquer l’atmosphère à grande distance.
L’épisode d’effondrement du 15 février
Le 15 février, un épisode plus inhabituel se produit avec l’effondrement d’un ancien cône de scories en aval du site éruptif. Des images diffusées par Laurent Perrier MétéoR océan Indien toujours présent au bon endroit au bon moment montrent de petites coulées pyroclastiques locales.
Cet événement reste limité, mais il rappelle qu’un champ éruptif basaltique n’est jamais totalement figé. Sous l’effet de la chaleur, de la reprise d’alimentation ou d’une fragilité structurelle, certaines parties anciennes du relief peuvent céder brutalement. Même sur un volcan surtout connu pour ses laves fluides, le terrain peut donc évoluer rapidement.
Fin février et début mars : la montée en puissance des tunnels de lave
Au fil des jours, l’éruption change de nature. Le cône reste actif, mais le phénomène le plus important devient la mise en place de tunnels de lave. C’est ce réseau souterrain qui va permettre à la lave de conserver sa température et de parcourir de longues distances.
Un tunnel de lave se forme lorsqu’un écoulement se couvre progressivement d’une croûte refroidie. La lave continue alors de circuler en dessous, à l’abri de l’air. Elle perd moins de chaleur, reste mobile plus longtemps et peut avancer très loin. C’est l’une des grandes clés de cette éruption.
Le bulletin mensuel de mars de l’OVPF-IPGP confirme que la circulation en tunnel devient centrale dans la dynamique du champ de lave. En pratique, cela signifie que l’activité visible au cône ne raconte plus toute l’histoire : même lorsque les fontaines semblent modestes, l’aval peut continuer à être efficacement alimenté.
12 et 13 mars : la lave gagne le Grand Brûlé et coupe la RN2
Le 12 mars, la situation devient concrètement critique pour les infrastructures. La lave s’approche de la RN2, grande route côtière du Grand Brûlé. Les autorités ferment alors l’axe par précaution.
Le 13 mars, plusieurs bras de lave atteignent puis franchissent la route. L’événement est majeur. Cela ne s’était plus produit depuis 2007. Le quotidien Le Monde a bien restitué la portée symbolique et territoriale de cet épisode.
D’un point de vue scientifique, cette coupure de la RN2 montre l’excellente efficacité du transport de la lave depuis le cône jusqu’aux zones basses. La lave a parcouru plusieurs kilomètres tout en restant suffisamment chaude pour continuer sa progression. Ce résultat n’aurait pas été possible sans un réseau de tunnels de lave bien développé.
Un volcan qui redevient pleinement constructeur de territoire
À partir du moment où la lave coupe la RN2, l’éruption change d’échelle dans l’imaginaire collectif. Elle ne concerne plus seulement l’Enclos ou les volcanologues : elle devient un événement qui transforme concrètement le territoire réunionnais. C’est l’une des spécificités du Piton de la Fournaise lorsqu’il descend jusqu’au Grand Brûlé : il rappelle que le littoral sud-est de l’île reste, au sens strict, un paysage volcanique en construction.
15 au 16 mars : la lave atteint enfin l’océan
Après la route, la grande question devient celle de l’entrée en mer. Le 15 mars au matin, les bras les plus bas semblent encore figés à environ 150 mètres de l’océan. Mais une pause apparente en surface ne signifie pas forcément un arrêt réel du système. La lave peut continuer à circuler en profondeur et préparer une reprise discrète mais décisive.
C’est ce qui se produit dans la nuit du 15 au 16 mars. Selon le communiqué OVPF-IPGP du 16 mars à 5 h 30, la lave atteint l’océan vers 00 h 20.
L’événement est spectaculaire. Dix-neuf ans après les images de 2007, le Piton de la Fournaise entre de nouveau en contact avec la mer. Cette rencontre produit un panache mêlant vapeur d’eau, gaz acides et particules fines. Elle inaugure aussi la construction d’une nouvelle plateforme littorale.
Seconde moitié de mars : une plateforme littorale en pleine croissance
Une fois l’entrée en mer établie, l’éruption continue à bas régime mais avec une grande efficacité sur le littoral. Le cône reste actif, mais c’est désormais la plateforme qui attire l’attention. Alimentée par la coulée principale, puis surtout par des circulations en tunnel, elle s’agrandit rapidement.
Le communiqué du 24 mars indique qu’au 24 mars au matin, la plateforme est estimée à 8,4 hectares, avec une avancée de 193 mètres sur l’océan. C’est considérable à l’échelle de quelques jours seulement.
Une croissance rapide, mais un terrain instable
Cette plateforme reste particulièrement fragile. Comme toutes les entrées en mer, elle juxtapose des matériaux très récents, mal consolidés, traversés par des circulations de lave et soumis à l’action des vagues. Elle construit du terrain, mais un terrain jeune, instable et potentiellement dangereux.
Cette phase est moins spectaculaire visuellement que la coupure de la route ou l’arrivée à l’océan, mais elle est essentielle pour comprendre le bilan géomorphologique de l’éruption. Le volcan ne se contente pas d’émettre de la lave : il redessine littéralement le littoral.
24 et 25 mars : une fin d’éruption progressive, puis l’arrêt officiel
Le 24 mars au matin, l’OVPF indique encore que l’éruption se poursuit. Un seul site éruptif reste actif, et la coulée principale sud continue d’alimenter l’océan. Il est donc faux de faire finir l’éruption trop tôt.
Le véritable basculement intervient le 25 mars. Dans la journée, le trémor volcanique enregistre deux fortes chutes successives, à 9 h 50 puis 13 h 45. En fin d’après-midi, le signal retombe vers un niveau proche du bruit de fond. Le communiqué d’arrêt publié par l’OVPF-IPGP à 18 h 30 fixe l’arrêt de l’éruption aux alentours de 16 h 30 le 25 mars 2026.
Une extinction sans coupure brutale
Cette précision est importante. La fin d’une éruption effusive ne ressemble pas toujours à une coupure nette et théâtrale. Ici, elle se fait par essoufflement progressif : baisse du trémor, diminution de l’alimentation, raréfaction des écoulements visibles, puis extinction du signal principal.
Une éruption marquante à plus d’un titre
Au total, l’éruption du 13 février 2026 aura duré un peu plus de quarante jours. Elle a combiné plusieurs phénomènes majeurs : ouverture de fissures, édification d’un cône, fonctionnement prolongé en tunnels de lave, coupure de la RN2, arrivée à l’océan et création d’une nouvelle plateforme littorale.
Pour le grand public, elle a offert des images exceptionnelles. Pour les scientifiques, elle représente un cas d’école remarquable sur la dynamique des volcans effusifs. Elle rappelle surtout une chose essentielle : au Piton de la Fournaise, même lorsque l’activité semble simple en apparence, le fonctionnement interne du volcan reste d’une grande richesse, mêlant circulation du magma, gaz, topographie, refroidissement et réorganisation permanente du champ de lave.
Édit du 31 mars 2026 : l’éruption a repris au Piton de la Fournaise
Alors que l’éruption débutée le 13 février 2026 au Piton de la Fournaise semblait terminée depuis le 25 mars en fin d’après-midi, l’activité a finalement repris le 28 mars aux alentours de 15h. Il ne s’agit pas d’une nouvelle éruption à proprement parler, mais bien d’une reprise de l’épisode commencé en février, avec une réalimentation du même secteur éruptif sur le flanc sud-sud-est du volcan.
Une reprise sur le même site éruptif
Cette reprise s’est faite au niveau du cône déjà en place, sans ouverture d’une nouvelle fissure distincte. Les observations montrent que la lave a réemprunté le réseau de tunnels installé au cours des semaines précédentes. C’est précisément ce qui explique la rapidité de la réactivation en aval : une partie du trajet était déjà en place, ce qui a permis à la lave de progresser beaucoup plus vite vers le bas du massif.
Au niveau du cône, l’activité s’est traduite par des remous de lave, des débordements récurrents et une remontée active de bulles de gaz. En aval, de nombreuses résurgences ont été observées sur le champ de lave déjà mis en place entre le 13 février et le 25 mars.
La lave atteint de nouveau la RN2
Dès le dimanche 29 mars, la reprise de l’éruption a montré à quel point les tunnels de lave restaient efficaces. Une résurgence s’est produite juste en amont de la RN2, dans le secteur déjà touché plus tôt dans le mois. La coulée a ainsi repris le même tracé général que celui du 13 mars et a de nouveau atteint la route.
Cette seconde atteinte de la RN2 confirme que l’éruption restait capable, même après plusieurs jours d’arrêt apparent, de réactiver très rapidement ses écoulements en aval. Pour les observateurs comme pour les habitants, ce retour de la lave sur la route a immédiatement rappelé que l’épisode du 13 février n’avait peut-être pas livré son dernier rebondissement.
Puis une nouvelle arrivée de la lave à l’océan
Quelques heures plus tard, le lundi 30 mars, la lave a de nouveau atteint l’océan. Après avoir recoupé la RN2 pendant le week-end, l’écoulement a poursuivi sa progression jusqu’au littoral, offrant une nouvelle rencontre spectaculaire entre la lave et la mer.
Cette reprise de l’entrée en mer s’est accompagnée d’une réalimentation de la plateforme formée lors de la phase précédente. À ce stade, l’activité au niveau de l’océan restait toutefois à surveiller de près, notamment en raison du panache de gaz pouvant se renforcer au point de contact entre la lave et l’eau.
Une éruption toujours en cours à suivre de près
Au 31 mars 2026, l’éruption se poursuit donc au Piton de la Fournaise. Cette reprise rappelle qu’un arrêt du trémor ne signifie pas toujours la fin définitive de l’activité, surtout lorsqu’un réseau de tunnels de lave reste en place et encore partiellement alimenté.
Pour suivre l’évolution de la situation, il est recommandé de consulter régulièrement les mises à jour de l’OVPF-IPGP ainsi que les informations diffusées par la préfecture de La Réunion. Sur le terrain, la prudence reste indispensable : même lorsque la lave paraît figée en surface, des circulations actives peuvent encore se maintenir dans les tunnels ou sous une croûte fragile.
























































































































































































